© Philip Demeester, 2017

Performance 2021

Assis sous un pommier, pas loin de l’Institut Universitaire de Littérature, dit le Kremlin, un jeune artiste regarde les gens, et surtout les femmes. Le soleil brille, l’inspiration flotte dans l’air, le bonheur est partout. Il écrit un petit poème sur une page blanche de son livre.

 

les mémoires photographiques

au fur et à mesure
les mémoires réapparaissent
ton corps
ton visage
je ne me rappelle plus ta voix
peut-être elle reviendra
une fois
ou l’autre

 

dansons l’espoir

dansons l’espoir, dansons le futur
commençons aujourd’hui, n’attendons pas demain
chantons l’espoir, chantons chantons
faisons l’espoir, faisons l’espoir
nous sommes l’espoir pendant les jours sombres
les couleurs du soleil et dans la nuit
nous sommes l’espoir de la république, du public
les odeurs de liberté le corps qui bouge
Lavaud Rouge, Lavaud Blanche
chantons dansons faisons l’amour
et pour les lanciers la même chose

 

Tour de France, tour de vie

la mort n’a pas le temps de t’attendre
tu n’as pas le temps d’attendre ta mort
la fin n’a pas de but
le début ne cherche pas la fin
la course se fait du col en col
et à Paris on est vaincu

 

dieu te juge

de la hauteur de son siège
la tour de son phalisme
éternellement le tout voyant

d’abord il te fait croire
les péchés charnels
puis
il t’offre le sentiment
la culpabilité
finalement
il te laisse seule
de la hauteur de son pouvoir dur
masculin
absolu
ça fait mal, et après on est mort

 

la nature sera là encore*

les arbres hivernaux
les arbres au cheveux bouclés
les artistes la tête plein
les idées très associatives
la neige tombe en flocons
l’air fait sa toilette
les philosophes écoutent, simplement
c’est rare, mais ça se passe
les corps froids bougent dans le vent
la tempête brule dans le cœur
ça spirale dans le temps
les sens n’ont pas de sens
un oiseau chie sur ma tête
je me réveille
le monde est encore là
sans hommes sans femmes

* après le désastre naturelle

 

je suis trop petit

je suis trop petit pour le monde
trop lourd pour le ciel
je suis trop fluant pour être un poisson
trop rigide pour les nuages
c’est ça qu’on me dit
mais moi je me dis :
c’est qui qui dit ça
au nom de qui ?
je ne vis que dans tes yeux
seulement dans tes mots
j’existe
en dehors de moi
étranger aliéné
et jamais seulement chez moi

 

histoire joyeuse d'une fourmi

à main ouverte
au cœur sans peau
sans protection
ni d’où se fuir
silence
honnêteté tentative
à vous parler
essayons
les rêves pour autrui
pour vous
un espace pour vivre
sa vie
petite peut-être
mais la nôtre quand même
individuellement

la souris
peu importante
mérite quand même le droit
à un petit sourire